Manifeste en faveur de la mobilité des artistes et des professionnel.les de la culture en Méditerranée et dans le monde

La mobilité étant au cœur des préoccupations du Fonds, ce document est le résultat d’un processus participatif. Il a rassemblé 33 contributeurs et contributrices de 16 pays d’Europe et du pourtour méditerranéen, ainsi que des participants à des groupes de travail et ateliers, avant d’être publié en avril 2022.

Prenant en compte les défis de la mobilité pour les artistes et professionnel.les de la culture, il expose une vision et des recommandations claires pour proposer de nouvelles manières d’envisager et de mettre en œuvre les mobilités, aujourd’hui.

Ce document est la version finalisée proposée par le Fonds Roberto Cimetta (FRC) en avril 2022.Il est destiné à être largement partagé, diffusé et utilisé comme outil de travail et de réflexion dans le cadre d’ateliers et de débats publics dans tout le pourtour de la Méditerranée et dans le monde. Il a vocation à être complété/amendé en concertation avec le Fonds Roberto Cimetta.

La liberté de circulation transnationale, un droit universel 

La libre circulation des personnes tout au long de sa vie est l’un des droits de l’humain inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (article 13)1 . Elle est envisagée comme la possibilité de quitter son pays et d’y retourner librement.
La libre circulation s’inscrit dans le droit de développer son projet de vie, personnel et professionnel, et d’accéder et de participer librement, sans considération de frontières, à la vie culturelle, comme l’a rappelé la Déclaration des Droits culturels adoptée à Fribourg en 20072.
Ce droit de circulation concerne autant la personne qui voyage et son projet que le territoire qui l’accueille. Il s’inscrit de fait dans une logique d’échange de biens matériels et/ou immatériels, culturels et/ou économiques.

2022 : Contextes, enjeux, une nouvelle vision pour la mobilité des artistes et des professionnel.les de la culture en Méditerranée et dans le monde
Considérant les changements politiques internationaux majeurs survenus depuis le début du 21° siècle, le durcissement des rapports de force, l’accroissement des inégalités au sein des pays et entre les pays, l’augmentation du nombre de personnes déplacées et exilées, une nouvelle approche critique du processus de décolonisation et une remise en question des modèles sociétaux, 

nous affirmons que les échanges et la connaissance mutuelle entre les individus et les sociétés sont plus essentiels que jamais pour promouvoir les valeurs d’équité et de réciprocité et nourrir une conscience citoyenne locale et internationale.

Considérant que l’expérience vécue dans le monde entier à l’occasion de la pandémie de Covid19, provoquant une immobilité généralisée, a fait prendre conscience de l’impact de l’empêchement de circuler dans tous les aspects de la vie personnelle et collective, 

nous réaffirmons la valeur et la nécessité de la liberté de circulation.

Considérant l’accélération des phénomènes du changement climatiques de nouveau mis en évidence
par le dernier rapport GIEC 3,

nous affirmons la nécessité de penser la libre circulation suivant une approche environnementale durable et contextualisée. 

Considérant l’avènement du numérique à l’échelle mondiale et son intégration dans les pratiques de communication à distance et en temps réel, mais aussi les inégalités d’accès au réseau Internet selon les territoires, l’efficacité des outils digitaux pour les échanges, mais également leurs limites, dangers et impacts, 

nous affirmons la nécessité de soutenir les échanges en présentiel et de faciliter les rapprochements par la libre circulation, locale, régionale et internationale.

Considérant les réalités géopolitiques et culturelles de la région méditerranéenne, entre est et ouest, nord et sud, la longue histoire des échanges et la tradition d’hospitalité qui la caractérisent, les spécificités culturelles communes et la riche diversité de ses langues qui la distinguent ; mais aussi la permanence des conflits et les inégalités économiques qu’elle subit, ou l’extrême gravité des problèmes écologiques et la dureté des drames migratoires qui la traversent, entraînant des obstacles croissants à la mobilité,

nous affirmons l’importance de renforcer la circulation et les échanges, la coopération et les partenariats équitables et durables au sein de la région et dans le monde.

Considérant le secteur culturel et artistique comme une des composantes essentielles du développement des sociétés, les caractéristiques des métiers qu’il recouvre, le besoin des artistes et des professionnel.les d’être mobiles à différents moments de leurs parcours professionnels, pour des raisons économiques et créatives, de la formation initiale à la diffusion des œuvres en passant par les collaborations artistiques et les échanges culturels,

nous affirmons la nécessité de mieux reconnaitre les apports de ce secteur au développement social économique et culturel des territoires, les besoins de ses acteur.trices, et l’importance de faciliter et de soutenir leur mobilité dans leurs projets individuels et collectifs.

Le présent manifeste réaffirme l’importance et la nécessité de la liberté de circulation des personnes et des œuvres dans le secteur culturel et artistique dans la région méditerranéenne et dans le monde.

Propositions et recommandations

– Sensibiliser les élu.es et responsables politiques aux niveaux local, régional, national et international à l’importance du secteur culturel et artistique pour sa contribution au développement, aux besoins structurels du secteur, et à la nécessité d’inclure la mobilité dans les politiques culturelles comme un des facteurs favorisant l’enrichissement des parcours professionnels ainsi que leurs apports aux territoires, à l’instar d’autres secteurs économiques.

– Responsabiliser les professionnel.les de la culture (programmation, production, formation) et les artistes sur la nécessité d’accompagner les projets de mobilité, individuels et collectifs, dans une vision intégrant les intérêts et les retombées des territoires concernés.

– Créer des dispositifs de financements adaptés aux différentes formes de mobilité culturelle et artistique (tournées, résidences, formations, partenariats, …), tenant compte de la disparité sociale et économique d’accès à la mobilité, visant une meilleure équité géographique, et valorisant les dynamiques de mutualisation et de coopération.

– Intégrer, suivant une approche contextualisée, la dimension environnementale dans la mise en œuvre de nouvelles pratiques professionnelles dans la production des projets culturels transnationaux.

– Envisager la culture comme composante du développement durable, intégrant la mobilité écoresponsable comme condition pour les artistes de pouvoir développer leur carrière à partir du lieu de leur choix, contribuant en ce sens à une meilleure répartition de l’activité et de l’offre culturelle sur l’ensemble du territoire.

– Faciliter, de manière continue et soutenue, l’accès aux informations sur les moyens et dispositifs de mobilité artistique et culturelle, en ligne et par le biais de personnes-ressources dans les structures culturelles et éducatives, dans les différentes langues de la région méditerranéenne.

– Porter attention à la spécificité des conditions de travail des artistes et des professionnel.les du secteur culturel, voyageant dans le cadre de leur travail (action de formation, échanges culturels, recherche, diffusion des œuvres et tournée, résidence de création) pour les demandes de visa.

– Envisager l’évaluation comme un processus d’apprentissage entre les bénéficiaires, les structures d’accompagnement et les financeurs, contribuant à améliorer la qualité du soutien à la mobilité.

Ce document est le résultat du travail initié par le Fonds Roberto Cimetta en 2021 dans le cadre de deux groupes « rencontres mobilité » et « formation professionnalisation », et a bénéficié de la contribution d’une trentaine de professionnel.les de la culture en Méditerranée.

Il a été finalisé à l’occasion du Forum des Mondes méditerranéens (FFM, Marseille, février 2022) et du séminaire-atelier organisé dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne PFUE (Paris, mars 2022) réalisés en partenariat avec le réseau d’information sur la mobilité culturelle On the Move.

Contributeur.trices

Le manifeste a bénéficié de la contribution de :

  • Areej Abou Harb (LB)
  • Jumana Al-Yasiri (FR/SYR)
  • Ilyass Alami-Afilal (MA)
  • Silvia Albanese (IT)
  • Myriam Amroun (DZ)
  • Lucien Arino (FR)
  • Lina Barghouthi (JO)
  • Selim Ben Safia (TU)
  • Mohammed Ben Soltane (TU)
  • Fanny Bouquerel (FR/IT)
  • Massimo Carosi (IT)
  • Giusy Checola (IT)
  • Christiane Dabdoub Nasser (PAL)
  • Manuèle Debrinay Rizos (FR)
  • Anais Deleage (FR)
  • Claudine Dussollier (FR)
  • Ziad Errais (FR/BE)
  • Cristina Farinha (PT)
  • Carlotta Garlanda (IT)
  • Julie Karsenty (FR)
  • Sue Kay (FR/UK)
  • Ammar Kessab (DZ)
  • Milica Ilic (FR/BE/SER)
  • Marie Le Sourd (FR/BE)
  • Matina Magkou (GR/FR)
  • Salman Nawati (PAL)
  • Antoinette Reyre (FR)
  • Laurence Rondoni (FR)
  • Shatha Safi (PAL)
  • Aktina Stathaki (GR)
  • Karim Troussi (MA)
  • Dea Vidovic (HR)
  • Amir Youssef Tadros (EG)

Ainsi que :

  • Des personnes ayant participé aux ateliers « Accompagnement à la mobilité culturelle en Méditerranée » et « Vers une mobilité artistique et culturelle durable et équitable : quels enjeux aujourd’hui dans l’espace méditerranéen ? » organisés dans le cadre du FMM
  • Des retours du groupe de partenaires du réseau des écoles d’art en Méditerranée Miramar, réuni à Marseille en avril 2022.

Ce document est la version finalisée proposée par le Fonds Roberto Cimetta (FRC) en avril 2022.

Il est destiné à être largement partagé, diffusé et utilisé comme outil de travail et de réflexion dans le cadre d’ateliers et de débats publics dans tout le pourtour de la Méditerranée et dans le monde. Il a vocation à être complété/amendé en concertation avec le Fonds Roberto Cimetta.

Pour ce projet, le FRC a bénéficié du soutien de :

  • Ministère français de la Culture – Secrétariat général – Direction Europe et international
  • Ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères / DIMED
  • Relais Culture Europe
  • Solidarité Laïque

Ce projet est labellisé Présidence française de l’Union européenne (PFUE) 2022.

Contacts :

  • Manuèle Debrinay Rizos – présidente – president@cimettafund.org
  • Fanny Bouquerel – chargée de développement – administration@cimettafund.org

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